Sommet «Tech For Good»: Uber et Deliveroo vont renforcer la protection sociale de leurs chauffeurs et coursiers

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  • Les chauffeurs Uber seront mieux couverts en cas d’arrêt maladie, ou d’arrivée d’un enfant.
  • Les plateformes assurent qu’il ne s’agit pas d’aller vers le salariat de leurs « partenaires ».
  • Un syndicat de VTC parle d'une « insulte », et réclame toujours un tarif minimum.  

 Est-ce une vraie révolution ou une mesure cosmétique ? A l’occasion du sommet « Tech for Good » organisé ce mercredi à l’Elysée, Uber annonce qu’il va améliorer la protection sociale de ses collaborateurs en Europe. La plateforme, qui fait face à de nombreuses critiques depuis son lancement, affirme qu’elle a « écouté les inquiétudes » de ses chauffeurs et coursiers.

Dès le 1er juin, les chauffeurs Uber (appelés « partenaires » par la plateforme) seront protégés gratuitement en cas de maladie grave ou s’ils ont un accident lorsqu’ils ne transportent pas de passagers (« hors-course »). Selon un document obtenu par 20 Minutes, un chauffeur qui aurait un arrêt de travail supérieur à 7 jours aura droit à une indemnité de 40 euros par jour pendant deux semaines, soit une indemnisation de 600 euros maximum. Autre avancée : la création d’un « forfait de naissance » de 1.000 euros, pour permettre aux jeunes parents de s’arrêter de travailler quelques jours.

Ces nouvelles garanties seront entièrement prises en charge par Uber, pour un montant qui n’a pas été communiqué. Elles se rajoutent à l’assurance « santé et décès » mise en place pour les chauffeurs en octobre dernier : cette dernière, imposée par la loi Travail de 2016, fonctionnait seulement lorsque le chauffeur était « en course ». Les garanties seront aussi valables pour les livreurs à vélo ou scooter (UberEats), avec des niveaux d’indemnisation plus faible.

« Le vrai problème, ce n'est pas la protection sociale: c’est le tarif »

Du côté de l’Elysée, on ne cache évidemment pas une certaine satisfaction d’avoir obtenu un geste de la part de l’entreprise américaine. « Jusqu’à présent, Uber était un peu un passager clandestin de la protection sociale qui laissait les autres se débrouiller, explique l’entourage d’Emmanuel Macron. Là, elle se met dans la position d’une entreprise qui remplit son rôle. Honnêtement on ne pensait pas qu’ils iraient aussi loin. »

Pour autant, l’exécutif l’assure : cette annonce d’Uber ne change rien à la position de l’Etat sur la lutte contre l’optimisation et l’évasion fiscale. La plateforme américaine joue en effet habilement avec la réglementation européenne pour payer le moins d’impôts possible en France. « Il y a zéro marchandage sur les sujets fiscaux. Les grands acteurs ne viennent pas [au sommet « Tech For Good »] se blanchir de leurs responsabilités » affirme l’Elysée.

En revanche, c'est la douche froide pour le syndicat SCP-VTC. « C'est une insulte supplémentaire de la part d'Uber lance le secrétaire général Sayah Baaroun. En tant que patron je me protège moi-même. Si Uber veut vraiment faire l’abbé Pierre, il existe un truc qui s’appelle le salariat. Le vrai problème, ce n'est pas la protection sociale: c’est le tarif. On veut contrôler notre prix en tant que chef d’entreprise. » A l'image d'autres syndicats, le SCP-VTC réclame en effet un tarif minimum

Deliveroo s’y met aussi

Uber n’est pas la seule plateforme à faire des annonces sur la protection sociale ce mercredi. Deliveroo, spécialisée dans la livraison des repas, a aussi décidé d’avancer sur le sujet. L’entreprise anglaise va désormais prendre en charge l’assurance accident et responsabilité civile de tous ses coursiers dans le monde (répartis dans 21 pays). Les coursiers français étaient déjà couverts depuis l’année dernière.

En revanche, ni Uber ni Deliveroo n’entendent remettre en cause le cœur de leur modèle : les chauffeurs ou coursiers seront toujours considérés comme des travailleurs indépendants, souvent avec le statut d’auto-entrepreneur. Pas question donc de basculer vers le salariat, comme le réclament plusieurs travailleurs en France et  dans d’autres pays.

« La grande majorité de nos livreurs ne veulent pas devenir salariés, on fait des études régulières là-dessus » affirme un porte-parole de Deliveroo. Pour bénéficier de l’assurance-chômage, les chauffeurs de VTC et autres coursiers devront attendre le vote du projet de loi « avenir professionnel » (présenté fin avril), qui pourrait également leur offrir de nouvelles garanties.

Source 20 Minutes